Volet paysager pour le SCoT du Luberon, 2006-2007

Le territoire du SCoT Luberon, qui regroupe vingt communes, s’inscrit dans le département du Vaucluse, et sa superficie est de 434 km². La montagne du Luberon, s’étirant d’Est en Ouest sur près de 60 kilomètres, est coupée en deux par la rivière de l’Aiguebrun ; au Sud, le territoire est délimité par la Durance. Son climat est de type méditerranéen avec une influence continentale en provenance des Alpes et de la Vallée du Rhône.

Vues en en-tête : Alignement de platanes menant au château de la Bonde, RD 37 / Oliveraie, RD 56 / Verger de cerisiers / Vignobles / Alignement de peupliers d’Italie, RD 56 / Ripisylve de peupliers blancs et noirs le long de l’Aiguebrun, Combe de Lourmarin / Roseaux le long d’un fossé, Peypin-d’Aigues / La Durance.

Le cadre naturel et paysager

La structure géographique et géologique du Luberon lui confère une grande diversité de paysages qui, façonnés par l’homme, se partagent entre des paysages fermés et denses et des paysages agricoles ouverts. A ce titre, le Parc Naturel Régional du Luberon a défini 5 grandes entités paysagères :

  • le « couloir » de Mirabeau,
  • le lit de la Durance et sa plaine,
  • les collines de la Durance,
  • le Pays d’Aigues,
  • la montagne du Luberon.

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Les entités paysagères

Le défilé rocheux de Mirabeau, non soumis à la pression urbaine, ne présente pas d’enjeux en termes paysager et urbanistique. Le lit de la Durance, de par sa largeur et l’épaisseur de sa ripisylve, est peu accessible et peu visible. En outre, il a été fortement malmené par l’exploitation de gravières lors de la construction d’infrastructures. L’enjeu est de restaurer le caractère sauvage de cet espace et de permettre une approche aux promeneurs.

La plaine agricole de la Durance présente un système parcellaire tantôt ouvert, tantôt cloisonné par des haies de cyprès, ainsi qu’un important réseau de canaux d’irrigation. Son patrimoine lié à la « domestication » de l’eau (digues, canaux, ouvrages hydrauliques et d’arrosage) sont des éléments identitaires. Menacée par la baisse de l’activité agricole entraînant une urbanisation diffuse et le déclin du système d’irrigation, les enjeux pour cette entité paysagère résident dans leur préservation ainsi que dans l’aménagement d’ouvertures visuelles sur la Durance pour inviter les promeneurs à se l’approprier.

Quant aux collines de la Durance, elles  se présentent comme des reliefs doux séparés de vallons, boisés de pins d’Alep, de chênes verts et de garrigues, avec des villages perchés offrant des vues lointaines sur les paysages alentours. Victimes d’un étalement de l’urbanisation sous forme de lotissements et de pavillons individuels, les enjeux résident dans le maintien de la typicité de ces villages par une  préservation de l’alternance de paysages ouverts / fermés, et pour la gestion les zones boisées.

Vestiges des piles du pont suspendu à Mirabeau, datant du XIXème siècle / Plaine cultivée de la Durance près de Lauris / Paysage vallonné du Pays d’Aigues dominé par la vigne et les lignes de crête boisées / Vue sur le château de la Tour-d’Aigues / Ouvrage d’art en pierre dans la combe de Lourmarin / Sentier de crête depuis le col de l’Aire des Masques, au dessus de Vitrolles.

Vestiges des piles du pont suspendu à Mirabeau, datant du XIXème siècle / Plaine cultivée de la Durance près de Lauris / Paysage vallonné du Pays d’Aigues dominé par la vigne et les lignes de crête boisées / Vue sur le château de la Tour-d’Aigues / Ouvrage d’art en pierre dans la combe de Lourmarin / Sentier de crête depuis le col de l’Aire des Masques, au dessus de Vitrolles.

Le Pays d’Aigues est un petit bassin vallonné dominé par la vigne, les vergers de cerisiers et les oliveraies, et parcouru par de nombreux cours d’eau accompagnés de leurs ripisylves. Au sein de l’espace agricole, on observe de nombreux cabanons, mats et bastides. Ses villages sont préférentiellement perchés sur un promontoire. En terme d’urbanisation, ce territoire du SCoT est le plus soumis à la pression urbaine car situés non loin d’Aix-en-Provence et de Cavaillon. Il conviendra alors de contenir l’extension de ses communes pour éviter le mitage des espaces agricoles et la perte de lisibilité des entrées urbaines, de préserver autant que possible les ruisseaux et leur ripisylve lors des futures urbanisations.

Dans la montagne du Luberon, la gorge de l’Aiguebrun peu habitée est un couloir étroit et sauvage, aux pelouses steppiques sur ses crêtes, quelques champs de lavandin ou de sauge, des boisements de chênes et  de buis… Par endroits, des murs de pierres sèches (restanques) témoignent de la présence d’anciennes terrasses agricoles. Sur les hautes plaines, une tendance à l’abandon est perceptible, le paysage se ferme par le développement d’une végétation spontanée. Les enjeux sont de maintenir des percées visuelles et les panoramas sur la vallée, et pourquoi pas d’envisager des parcours pédagogiques de lecture du paysage…

Le cadre bâti

Des stratégies d’implantation

Sur les vingt communes du SCoT, la plupart des villages  sont de création médiévale (XIIème siècle), reconnaissables par leur position élevée, les traces de remparts, leurs rues étroites et adaptées au relief, leurs maisons imbriquées. A partir du XVIème siècle, de nouveaux villages se développent en plaine se rapprochant ainsi des voies de communication. Si chaque village reste unique par son histoire et sa géographie, son organisation spatiale est marquée par des constantes. Quatre typologies de villages  ont été distinguées : villages construits sur un éperon rocheux, en haut d’une colline, accrochés à la pente d’un coteaux, villages de plaine…

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Lourmarin, un village de plaine / Lauris, sur son éperon rocheux, un véritable « navire de pierre » avec son château et ses jardins tinctoriaux.

L’enjeu pour ces villages est conditionné par la perception que nous en avons. Leur présence habille le paysage ; leurs limites sont fragiles si l’urbanisation gagne progressivement les parcelles agricoles qui les contiennent. L’objectif serait que tout développement ne modifie pas ces règles d’implantation, que toute nouvelle extension urbaine compose avec les structures pré-existantes : recherche d’implantation dans la pente, association continue de l’eau et du végétal, système viaire en prolongement des chemins agricoles, etc…

 

 

 

 

Un patrimoine historique riche

Outre leur stratégie d’implantation, chaque village abrite un riche patrimoine rural, religieux, civil, troglodytique… La présence de châteaux, imposants par leur taille et leur qualité architecturale marquent ce territoire. La beauté de l’architecture rurale  provient de l’adéquation parfaite des usages aux contraintes de l’environnement. De nombreux lavoirs et fontaines agrémentent les places de villages. Patrimoine non protégé, petits patrimoines… témoins des activités traditionnelles, les fours, moulins, chapelles, pigeonniers, fontaines, cabanons, murets de pierre sèche et restanques, fondent l’identité du paysage rural et organisent l’espace vécu de la communauté. Ils sont au nombre de 527 sur le SCoT. Le petit patrimoine lié aux canaux d’irrigation est également important : ponts, martelières…

Châteaux d’Ansouis et de Mirabeau / Temple de Lourmarin / Chapelle Beaumont-de-Beauvoir à Beaumont-de-Pertuis / Croix près de la Bastide-des-Jourdans. Tuiles romaines et façade de pierre à Cabrières d’Aigues / Grande bastide le long de la RD 973 / Anciennes restanques vues depuis la RD 42, près de la Bastide-des-Jourdans / Cabanon dans les vignes, à La Bastidonne / Pigeonnier rénové, Grambois / Le bassin de Cucuron / Une fontaine à Cucuron.

Châteaux d’Ansouis et de Mirabeau / Temple de Lourmarin / Chapelle Beaumont-de-Beauvoir à Beaumont-de-Pertuis / Croix près de la Bastide-des-Jourdans.
Tuiles romaines et façade de pierre à Cabrières d’Aigues / Grande bastide le long de la RD 973 / Anciennes restanques vues depuis la RD 42, près de la Bastide-des-Jourdans / Cabanon dans les vignes, à La Bastidonne / Pigeonnier rénové, Grambois / Le bassin de Cucuron / Une fontaine à Cucuron.

Commune de Lauris : à droite de la photo, nous reconnaissons le bourg et son habitat regroupé ; à gauche, un développement urbain diffus en désaccord avec la typologie de ce village. Cette organisation montre une rupture et traduit une banalisation du paysage qui transgresse l’identité du territoire.

Commune de Lauris : à droite de la photo, nous reconnaissons le bourg et son habitat regroupé ; à gauche, un développement urbain diffus en désaccord avec la typologie de ce village. Cette organisation montre une rupture et traduit une banalisation du paysage qui transgresse l’identité du territoire.

Des éléments d’urbanisation modernes

Outre les villages, le territoire accueille des hameaux, de l’habitat pavillonnaire isolé ou sous forme de lotissements. Ce type d’urbanisation pose problème dans la perception paysagère et géographique d’un territoire car issu d’une logique ne considérant pas les caractéristiques morphologiques traditionnelles. A cette problématique, s’ajoute celle de la multiplication des bâtiments d’activités qui, relégués le long d’axes routiers, ne présentent pas toujours une bonne qualité architecturale. Pour préserver le caractère des paysages du Luberon sans figer son urbanisme, il faut articuler le bourg originel et son extension par un maillage viaire cohérent, favoriser la création de quartiers acueillant des fonctions d’habitat, de commerce, de service et inventer des réponses architecturales et urbaines spécifiques pour les Z.A.E. futures.

0_feuille_gauche1Carte d’identité

Maîtrise d’ouvrage : Communautés de Communes Portes du Luberon et Luberon-Durance / Groupement PROSCOT / Maîtrise d’œuvre : Eureca (mandataire), Groupe-6, Tertio, Brli / 2006-2007 / Au sein de Groupe-6, élaboration des cartographies avec l’appui de Jean-Baptiste Fortin ; étude de paysage réalisée avec l’appui de Perrine Alexandre, paysagiste.