La Seyne-sur-Mer, le Parc de la Navale, 2003 – 2006

Après vingt années d’abandon, le site des Anciens chantiers navals à La Seyne-sur-Mer a fait l’objet dans les années 2001-2007 d’une vaste opération de requalification urbaine, architecturale et paysagère. Le Parc de la Navale figure la première phase de cet immense chantier.

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La création paysagère a deux dynamiques possibles ; « soit le site est chargé d’empreintes, de traces, d’histoire, de forces naturelles et il ne reste plus au concepteur qu’à les prolonger, à les renforcer ou à les dévoiler ; soit le site est vide, creux, il n’a plus d’âme et alors, l’attitude du concepteur est celle d’installer un nouveau paysage et par là-même une nouvelle histoire, de nouvelles forces et traces à venir. » [François Andrieux, « Nature urbaine, paysage public », revue Carnets du Paysage, 1999.]

Un hommage à son histoire

Dans notre cas, les traces laissées par l’histoire sont ténues tant les destructions ont été importantes… Pourtant, l’histoire de la Seyne étant fortement liée à celle de ses chantiers navals, le dur travail de mémoire et de deuil qu’ont dû assumer ses habitants nous a incités à ce que l’esprit du site et le peu de traces qu’il restait, puissent devenir les fondations du nouveau projet. Nous nous sommes efforcés tout au long du projet de les révéler ou de les évoquer.

C’est ainsi que l’utilisation de l’acier rouillé pour le mobilier urbain ou la signalétique, est récurrente ; que les matériaux de sols deviennent de plus en plus bruts et rugueux au fur et à mesure que le promeneur s’éloigne de la ville et s’avance vers la mer… C’est ainsi que la Porte des Chantiers réhabilitée constitue l’une des entrées du Parc ; qu’au cœur du Parc, se loge le Jardin de la Mémoire évoquant la construction navale grâce à des silhouettes de métal découpé ; que les luminaires des quais, une fois allumés, révèlent des fragments de cartes postales anciennes…

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Des « marqueurs » de paysage à créer

A l’échelle du Parc, il s’est donc agit de recréer une identité, de donner une dimension sociale perdue depuis quelques décennies et de compléter l’identité urbaine de la Seyne-sur-Mer. L’occasion de rebondir à partir d’un projet nous est donnée : transformer cette plate-forme pelée, déserte, ventée et assez inhospitalière en un parc accueillant, festif, ombragé et destiné à tous.

C’est pourquoi nous avons largement employé des matériaux classiques tels que le bois, la pierre, le pavé, le métal brut ou rouillé, ainsi que des composants paysagers « authentiques » comme le bosquet, la prairie, le chemin, la butte, le jardin intime mais ceci de manière créative, contemporaine et adaptée au contexte urbain.

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Pavés de porphyre, dalles de balsate, margelles en calcaire, bétons désactivés, pavés de granit jaune, acier rouillé, galets et enrochements, sables et graviers, platelage bois, céramiques, grès cerame …

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Les principes de composition pour l’aménagement du Parc de la Navale ont permis l’appropriation des lieux par tous et pour toutes sortes d’activités de plein air. Ils ont établi une unité paysagère en transition avec le bâti seynois et l’étendue maritime de la rade, ont fait retrouver l’horizontalité du site et son ouverture vers la ligne d’horizon.

Des échelles et des séquences

Depuis le centre-ville, le promeneur accède au parc par l’Esplanade du Triangle, un espace largement ouvert au ciel et aux vents, offrant une nouvelle mise en scène des paysages proches et lointains. Dans la matière de son sol ocre doré, des courbes de céramiques colorées s’élancent et parfois se transforment en bancs… Au pied des palmiers Cocos, la céramique a laissé place à un platelage bois.

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L’Esplanade du Triangle, largement ouverte au ciel et aux vents, s’échappe en ligne de fuite vers l’horizon, bordée par un étroit canal. A son extrémité, des mâts en acier Cor-Ten orientent le regard vers l’étendue changeante de la mer, la mouvance atmosphérique du ciel.

En limite Est de l’Esplanade, s’étire le Fil d’Eau. Déjà très présente sur le site (la rade, les darses, les ports), nous avons voulu projet l’introduire à nouveau mais sans en faire un plagiat ni une redite. Un étroit et long canal de 180 mètres s’anime de jets d’eau à hauteurs variables ; à son extrémité, une sculpture monumentale en acier rouillé s’élance comme des voiles. Vers la Porte des Chantiers, un bassin accueille les modélismes de bateaux. Le long du Fil d’Eau, une série de kiosques, accessibles par de petits ponts, abritent un point d’informations touristiques, des boutiques de sucreries et boissons, une buvette, des sanitaires.

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Le Fil d’eau longe le Bois des Transparences, une pinède de pins parasols et de pins d’Alep accueillant des jardins thématiques.

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Les clairières thématiques

Dans cet univers de palmiers, d’oliviers, de chênes verts, d’amandiers, de vignes, de lavandes et de mimosas, ces lieux de pause et d’intimité  s’opposent à l’agitation de l’espace public. Les vues sont alors multiples, dirigées tantôt vers la mer, tantôt vers la ville, fragmentées par les troncs noirs des pins parasols. Au cœur du Bois, des formes arbustives contrastées, des nuances variées, des floraisons délicates, des fragrances estivales…

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Le jardin de la Mémoire rappelle le passé historique du lieu. Deux surfaces de béton gratté évoquent les radiers extrêmement solides des bâtiments industriels. Au sol, l’esquisse en plan incrustée d’un navire, Le Liautey, réalisée en plats acier. En réponse, une tôle verticale en acier découpé au laser nous montre son profil. Sur la seconde dalle, un ensemble de jardinières et de bancs en acier rouillé.

Le jardin du Farniente, un jardin refuge en retrait des lieux plus animés. Un mur bleu s’étire en sa limite. Il protège une placette équipée de tables et fauteuils ; une ombrière rétractable invite à un moment de pause. Le tronc tortueux d’un olivier attire le regard.

Au centre du jardin de l’Ivresse, une terrasse en béton accueille tables, chaises et parasols ; pour y accéder depuis la buvette, une petite allée bordée de poteries vernissées présente des ceps de vigne. En arrière-plan, la vue est cadrée par des bosquets de mimosas, tamaris, genêts blancs…

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Le jardin clos du Bavardage, embaumant le mimosa et l’amandier, à l’abri des regards indiscrets, est meublé de multiples bancs pour inviter à la discussion entre copains, au bavardage, aux « cancans »… Le vagabondage des paroles, les élans incontrôlés du bavardage, sont évoqués par les bandes végétalisées et minérales ondulant sur le sol.

Prenant appui sur le Bois des Transparences, la Grande Pelouse, est une aire de jeux et de détente…. Sa lisière s’organise selon un mouvement ondulatoire rappelant celui de l’eau. L’espace paraît immensément vide si ce n’est que dans ce contexte, les activités estivales et ludiques prendront une valeur de contrepoint. Espace commun, espace public, il permet aux gens de se poser, ici et là, de lire, de s’allonger, de jouer au ballon ou au cerf-volant…

La Pelouse s’achève par les quais, une transition visuelle entre l’horizontalité liquide et changeante de la rade, une promenade minérale en surplomb au-dessus de la mer. Sur leurs bords, l’échelle du grand paysage est ressentie grâce à la force des éléments : le vent, la lumière parfois aveuglante, les embruns lorsque la mer s’agite.

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0_feuille_droite1Carte d’identité

Maîtrise d’ouvrage : Ville de La Seyne-sur-Mer / Équipe : Groupe-6 (mandataire), Egis Aménagement, BDP Landscape Londres / Coûts travaux : 5,7 M € HT / Superficie : 5,5 Ha / Marché de définition lauréat / 2003 – 2006 / Nota : le projet paysager a été réalisé en équipe avec Andrew Tindsley et Mehron Kirk, landscape designers et P.Y. Jorcin, paysagiste.

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