Grenoble, des Jardins thématiques, 1993 (TPFE)

Les sens, seuls intermédiaires entre l’extérieur et le l’être vivant, permettent d’expérimenter le monde, d’approcher une part du réel, liens indispensables à notre besoin permanent de repères et qui nous font savoir que le monde existe. Tels sont les sens de l’homme.

Les sensations

Elles peuvent être visuelles, tactiles, auditives, olfactives, gustatives, thermiques, algiques, spatiales (notions de pesanteur, de verticalité, de force centrifuge, perception de la position des membres…), kinesthésiques (perception du mouvement de nos membres) ou spécifiquement internes (cénesthésie, interoception…). Nous sommes également sensibles aux ondes électromagnétiques, au sens de l’orientation, aux énergies électriques, etc. Dans tous les cas, nos sens sont solidaires, ils s’organisent toujours pour compenser la déficience de l’un d’entre eux. Et si consciemment nous neutralisons pour un temps l’un de nos sens, cela ne fera qu’exalter les autres ! C’est sur ce postulat que s’organise le Jardin des Sens.

Ce parc, avant tout expérimental, est conçu comme un manifeste, une idée nouvelle de jardin public où dialoguent en permanence les symboles, les sens, les structures, l’homme et le végétal. Dans le jardin, « les couleurs, les sons et les parfums se répondent » écrivait Baudelaire. Ainsi, par le jeu de ses sens en alerte, le corps tout entier se rend disponible aux bruits, aux couleurs, aux touches d’ombre et de lumière, aux parfums et odeurs, aux matières, aux saveurs.

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Divers jardins thématiques s’inscrivent dans une dynamique de parcours investissant le visiteur, réhabilitant la globalité des sensations par des mises en scène visant simultanément la vue, le toucher, le goût, l’ouïe, l’odorat, les sens de l’équilibre et de l’orientation. Ces jardins sont : a / jardin à croquer ; b / chambre d’automne ; c / orangeraie ; d / treille aux grimpantes ; e / salon de verdure ; f / spirale de parfums ; g / manège du vent ; h / roseraie ; j / jardin des lumières ; k / bosquet sonore ; m / cercles tactiles ; n / jardin zen ; o / colline magique ; p / ruban chromatique ; q / jardin d’eaux ; r / potager.

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Le jardin, au printemps et en été.

La Spirale de Parfums

L’air embaume l’herbe mouillée, la pourriture amère de l’humus, les parfums douceâtres des fleurs qui s’ouvrent à peine. Sentir les odeurs du petit matin qui s’échappent de la terre humide de rosée. Odeurs légères, translucides. Puis chauffé par le soleil, le jardin recèle des odeurs arrogantes, les odeurs vives, pointues ou alléchantes des plantes médicinales ou des fruits gorgés de sucs. A l’automne, la consistance odorante annonce déjà le mutisme de l’hiver ; parfums de décomposition, de mousses et de champignons éclos la nuit, de feuilles séchées et de fruits pourris, de brouillard et de fumée de bois…

Sur une butte à base circulaire, un cheminement en spirale emmène le flâneur parmi des massifs odorants. Dans ce jardin, il s’agit de s’attarder, de se pencher, de frôler, de se laisser bercer par le monde tantôt suave, tantôt capiteux des effluves florales. Distinguons les senteurs boisées, fleuries, épicées, orangées, anisées, rosées, agrestes, balsamiques, menthées et vanillées…

2.2.1630_TPFE_jardins_ManegeLe Manège du Vent

Ecouter le jardin c’est accepter sa vie, son mouvement. Ecouter c’est prêter une oreille attentive aux craquements, piaillements, brisures, sifflements, crissements, frôlements et bourdonnements d’insectes, froissements, claquements d’ailes, murmures, bruits de pas, clapotis aquatiques, musique du vent dans les arbres, voix amorties ou cris d’enfants. Entendre c’est aussi percevoir l’invisible ; cet oiseau caché dans les ramures dont nous n’entendons que le chant. Ainsi, dans le « Manège du Vent », une rampe circulaire surplombe ce lieu destiné à l’expression du vent à travers les feuillages légers, les ombellifères, les graminées, pour atteindre la cime des arbres en mouvement. Au moindre souffle, les grands bambous animent en grinçant leurs silhouettes architecturales ; le contraste de la souplesse de leurs cannes lisses avec la rigidité plus rugueuse des troncs d’arbres est saisissant. Les massifs de graminées jouent avec le soleil et le vent, si douces à regarder.

Le jardin Zen (voir illustration en en-tête)

Voir le jardin c’est laisser pénétrer son regard dans l’infini des nuances, des formes, des tons, des matières, des ombres et des lumières. Voir c’est se projeter dans l’espace, chercher des points d’ancrage pour ne pas s’égarer. En opposition aux jardins précédents, le jardin Zen, ceint d’un haut mur circulaire, propose son intériorité et son silence ; il échappe aux bruits et aux activités du dehors. L’enfermement n’est pas ici seulement de la dissimulation mais surtout l’immobilité retrouvée et la juxtaposition des contrastes. A ce jardin véritablement propice à la contemplation, on y accède par deux ouvertures circulaires découpées dans le mur d’enceinte, se faisant face. Le graphisme des plantations reprend la figure symbolique du Yin et du Yang, les deux principes qui  dirigent le monde ; celui de l’ombre et de la féminité ; celui de la lumière et de la masculinité. Ainsi, l’étroit chemin traversant l’espace en son diamètre découpe la surface en deux zones complémentaires : l’une prioritairement minérale, l’autre majoritairement végétale. Graphisme des lignes, sinuosité des courbes, tracés rigoureux. De cette surface plane émerge un volume végétal, un cône de buis taillé, le pendant en négatif du cône de lave.

2.2.1630_TPFE_jardins_CerclesLes Cercles Tactiles

Toucher le jardin c’est évaluer ses reliefs, ses formes et ses textures. Caresser, arracher, déchirer, cueillir, fouler, frôler… la terre, les troncs, les feuillages, l’herbe, les fleurs, l’eau, le poli du galet, la pierre. Toucher c’est également éprouver la douceur de l’air, son humidité frissonnante ou rafraîchissante. Sur une autre butte, des chemins étroits forcent à entrer en contact, parfois rude, avec l’élément végétal. Investi d’essences aux troncs étranges, aux feuillages tantôt velouteux tantôt rugueux, aux branches épineuses ou lisses, le jardin des « Cercles Tactiles » abrite six clairières de forme identique illustrant les différentes expériences tactiles susceptibles d’être rencontrées le plus fréquemment dans la nature : le velours de certaines ramures, le piquant des feuilles coriaces, les troncs s’exfoliant en lambeaux de « papier », des végétaux aux allures parfois étranges.

Carte d’identité

0_feuille_gauche2Diplôme de fin d’études Architecte D.P.L.G. / Coûts travaux : NC / 1993.